[Analyse] – Essai - Les noms de famille en Équestria - partie 1/3

Posté le 01/05/2021 à 17h00 par Tumbleash
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Solid Class Spike par The-Wizard-of-Art

 

Bonjour tout le monde ! Analysons ensemble comment fonctionnent les noms dans l'univers d'Équestria !

 

Introduction

Dernièrement, j'ai dû revoir cet épisode de la saison 7, et j'y ai relevé un détail : Iron Will désigne la famille de Twilight comme « La Famille Sparkle ». Or, à y regarder de plus près... Personne, dans la famille de Twilight n'a le mot "Sparkle" dans son nom, à part Twilight elle-même ! Et pourtant personne, même les intéressés, ne tique.
Et ce n'est pas le seul cas. En fouillant un peu, on remarque que le nom de "Rainbow Dash", pourtant composé de deux parties, n'est qu'un seul et même prénom personnel, sans qu'aucune de ses moitiés ne soit un nom de famille. C'est l'inverse pour Fluttershy, dont les parents sont appelés "M & Mme Shy"... alors que "Shy" n'est même pas séparé du reste de son nom ! En revanche, Pinkie Pie semble bel et bien avoir un prénom personnel et un nom partagé par sa famille...
Qu'est-ce que ça veut dire, tout ça ? Comment fonctionnent les généalogies ? Et surtout, comment peut-on appeler une famille par un nom que ses membres, individuellement, ne portent pas ?

Je vous préviens tout de suite, nous partons ici sur un article assez long, qui sera divisé en trois parties. Attendez-vous à un gros volume de texte. Si cela ne vous fait pas peur, alors commençons tout de suite avec la première partie !

 

I - Prémisses, ou pourquoi l'on ne connaît peut-être pas vraiment les noms des personnages.

On ne parlera pas du fait que les noms donnés à des bébés correspondent parfaitement à leur personnalité ou à leurs talents futurs. Appelons ça le destin, la Volonté de la Magie, une énorme coïncidence, comme vous voulez.
Ce qui importe, c'est que presque tous les personnages semblent répondre à un nom sur la base du prénom personnel unique, sans nom de famille, ce qui peut devenir gênant quand plusieurs personnes se retrouvent avec le même nom. Pourtant, quelques éléments permettent de penser que les choses sont un peu plus compliquées que ça...

a) Plusieurs noms pour un même individu ?

« Il se nommait Li, "Prunier" ; se prénommait Er, "Oreilles" ; avait pour nom personnel Bo Yang ; pour surnom, Laozi, "Le Vieil Enfant" ; ou encore Laodan, "Le-Vieillard-aux Longues-Oreilles". » Dans un autre chapitre : « Zhongli [...] se prénommait Quan, prénom qu'il changea ensuite pour celui de Jue. Son nom personnel public était Jidao et ses surnoms Hehezi, Wangyangzi ou encore maître Yunfang. »
Ces extraits sont tirés d'une édition française de La Pérégrination vers l'Est, de Wu Yuantai, dont voici ce que l'on dit dans la préface :
« De Wu Yuantai, on ignore le nom personnel public. Son nom honorifique était Lanjiang. »
Noms, prénoms, autres noms, noms personnels publics, noms honorifiques, surnoms... Et plus encore ?
Le but de cette divagation sinophile est de montrer la facilité avec laquelle certaines sociétés humaines ont pu employer des noms multiples pour un même individu, en fonction du contexte social. Même en occident à l'heure actuelle, il est fréquent qu'une personne ait plusieurs prénoms officiels, même si elle en utilise rarement plus d'un seul, ainsi qu'un nom de famille. Les diminutifs pour des noms longs sont fréquents aussi ; de même que les "diminutifs" souvent affectueux ou familiers, qui paradoxalement rallongent le nom : "Pablo" -> "Pablito", "Ana" -> "Anouchka"... Autant de suffixes qui veulent dire, en gros, "(mon/ma) petit/e" et servent à marquer la familiarité. On ne parlera même pas du fait qu'en cette ère des mondes virtuels, entre les pseudonymes et les noms de plume, les occasions de se forger un autre nom pour un contexte particulier sont trop nombreuses pour être toutes citées. Par souci de brièveté, disons qu'une personne à l'heure actuelle pourra utiliser en moyenne 4 types de noms : le prénom dans la plupart des situations, le nom de famille dans les contextes formels comme le travail ou l'administration, un surnom ou diminutif dans un cadre familier, et à la rigueur un pseudonyme dans les situations où l'on préfère garder son nom "officiel" privé.

Et nos équidés multicolores ?
La plupart du temps, on ne les entend appeler que par un seul nom, un prénom unique qui semble résumer l'ensemble de leur identité. Néanmoins, il y a des exceptions, Twilight Sparkle n'étant pas la moindre : la plupart du temps, son nom à la longueur inhabituelle (4 syllabes au lieu de 3) est raccourci en "Twilight", voire l'affectueux "Twilie". Rainbow Dash aussi a droit à "Rainbow", "Dashie", mais aussi à "Rainbow Crash", et notons que cela a servi aussi bien à la vexer qu'à la charrier gentiment – au cours de l'épisode, elle tente d'ailleurs de se faire donner d'autres surnoms, toujours sur la même base phonétique. Spike a droit à un diminutif à rallonge ("Spikey-Wikey") d'ordre affectueux, Fluttershy devient "Flutterguy" lorsqu'elle change de voix et se faisait appeler "Klutzershy" à l'école de vol. N'oublions pas non plus Coloratura, qui monte jusqu'à 3 : en plus de ce nom officiel, "Rara" est son surnom affectueux, et "Countess Coloratura" un nom de scène assez sérieux pour qu'elle exige par moments d'être appelée ainsi. Tempest Shadow aussi, pour finir, s'est choisi un nom pour laisser son passé derrière elle, un 2ème nom qui n'a plus le moindre rapport avec le premier.

Nous avons donc affaire, dans la plupart des cas, à un nom unique, visiblement sans noms de famille, mais qui est modulaire et peut se transformer ou même être remplacé, en fonction du contexte. Souvent, cela se fait sur la base d'un jeu de mots ou de sons. Ce n'est guère pratique pour tenir des registres ou établir des généalogies, mais peut-être les poneys ont-ils l'habitude que le nom individuel soit une convention aussi flexible, et leur culture se sera développée en tenant compte de ce fait. Peut-être même la question du nom de famille se serait-elle intégrée, discrètement, dans la structure des prénoms, par un tour de passe-passe linguistique ?
De fait, s'il y a bien un aspect essentiel de la culture qui est concerné par des jeux sur les noms, c'est la langue elle-même...

b) La nature discrète du langage

On a quelques exemples de phrases écrites dans l'univers d'Équestria. Pour autant, on serait bien embêté à prétendre vouloir les lire... À part quelques caractère imprimés dont la silhouette ressemble vaguement à des mots en anglais, c'est généralement illisible...


La typographie, tout un métier.

Pour autant qu'on le sache, quelle langue parlent-ils ? L'anglais ? Le français ? Pourquoi pas l'italien ou le finnois, puisqu'après tout la série est aussi doublée dans ces langues ? Et pourquoi la version "originale" en anglais ne serait-elle pas, elle aussi, une traduction de la langue ponéenne ?
C'est ce qu'on appelle la Convention de Traduction : il serait absurde que des personnages d'un univers imaginaire parlent exactement la même langue que nous, mais il serait très compliqué (quoique remarquablement audacieux) de créer une nouvelle langue imaginaire pour chaque œuvre de fantasy ou de science-fiction se déroulant dans un autre monde, avant de tout sous-titrer pour la diffusion... On consent donc à accepter, implicitement, qu'il s'agit d'une autre langue dans un autre monde, que l'on ne connaît pas et qui est traduite pour le confort du public. On ignorera la synchronisation des lèvres avec les mots, car je n'ai pas la place...
Pour un péplum antique, une histoire de chevaliers, ou un western, on peut raisonnablement imaginer que la langue du spectateur traduit respectivement le latin, l'ancien français ou l'anglais des colons, langues qui peuvent être connues. Pour une histoire dans un monde purement imaginaire, en revanche...

À partir de là, puisque nous n'avons jamais directement accès à la langue que les personnages sont censés parler, et que même le langage écrit reste délibérément inintelligible, qu'est-ce qui nous empêche d'imaginer ce que l'on veut ? Que cette langue inclut des possibilités que nous n'imaginons même pas, faute d'y avoir accès dans la nôtre ? De vastes possibilités pour recombiner le sens, à partir de mots (ou lemmes) individuels qui changent peu ?

De fait, encore aujourd'hui, il existe des langues qui s'écrivent à base de caractères ne représentant pas seulement un son, mais aussi une idée, une notion, un concept. C'est ce que l'on appelle les écritures logosyllabiques : un même caractère peut se lire comme un lemme complet, ou comme un son ou groupe de sons. Combiner les caractères ensemble permet d'associer des sons pour écrire la prononciation d'un mot, mais aussi d'associer des concepts pour créer une nouvelle unité de sens !

Bliss

Le Bliss est une langue relativement moderne, non-verbale
dans son écriture, qui combine des idéogrammes pour créer
de nouvelles idées par association de concepts.

On trouve nombre de langues qui ont utilisé des caractères auxquels se rapportent à la fois un son et un sens propre, appelés idéo-phonogrammes. Les hiéroglyphes égyptiens, les glyphes mayas, les différentes langues chinoises, les écritures du japonais... Elles présentent toutes des variations de fonctionnement, et il serait bien trop long de les détailler ici, d'autant que je maîtrise bien trop mal ce sujet.
On retiendra seulement que la plupart des langues ont la possibilité de combiner des mots différents, des unités de sens individuelles, pour créer de nouveaux mots porteurs de sens – même dans nos langues européennes : c'est la base de l'étymologie. Par exemple, les mots "auto-mobile", "au-jour-d'-hui", "pour-quoi", gardent encore la trace de ces combinaisons passées de mots plus courts, qui en on fait des mots à part entière. Simplement, ce n'est plus très fréquent dans la francophonie, et en général les sons restent à peu près les mêmes.
Toutefois, d'autres langues incluent ces facultés combinatoires dans leur structure même, et un mot peut changer complètement de prononciation, ou même de sens s'il est associé à un autre. 


Josuke Higashikata est surnommé "Jojo", car les caractères qui forment
les deux dernières syllabes de son prénom peuvent, dans un autre contexte,
se lire "Jo" plutôt que "Suke". On est à la limite du hors-sujet, tant pis.

Plus que de simples sons ou de simples symboles, des idéogrammes et idéo-phonogrammes sont porteurs d'idées plus ou moins vagues ou précises, de thèmes, de connotation, et en les associant entre elles, on peut aboutir à de nouveaux sens plus complexes.

c) Des noms porteurs de sens dans une langue inconnue

Normalement, à ce stade, vous vous demandez si ça vaut la peine de continuer de lire, car la linguistique est peut-être une discipline fascinante, mais pour l'instant ça manque sérieusement de poney. Je me trompe ?
Rassurez-vous ! Maintenant que la parenthèse sur la nature de la langue est passée, on entame les choses sérieuses.

Nous avons donc vu au premier paragraphe qu'à quelques exceptions près, comme Pinkie Pie, la famille Rich ou la famille Cake, la plupart des personnages avaient un seul nom, qui tient généralement en un ou deux mots, avec en moyenne trois syllabes. Pas de noms de famille en vue, mais il s'agit d'un nom composé de plusieurs mots, plusieurs unités de sens plus ou moins reliées entre elles.
Nous avons vu au deuxième paragraphe que si l'on y regarde bien, on ne connaît pas vraiment la langue des poneys ; on n'en a, au mieux, qu'une approximation à travers une traduction la plus fidèle possible, mais traduttore, tradittore, on perd forcément quelques détails. Le nom composé de mots n'est donc pas vraiment composé de ces mots-là précisément, c'est une approximation. Or, dans toutes les langues, il y a généralement plusieurs manières de désigner des concepts similaires, avec des nuances bien sûr, mais aussi des synonymes...
Et si l'on y regarde de plus près, il semble que certains motifs se répètent. Des noms, des mots, des notions réapparaissent sur plusieurs générations d'une même famille... Est-ce vraiment un hasard ?

Analysons un peu quelques noms bien connus. Notre protagoniste habituelle se nomme "Twilight Sparkle", soit "Étincelle du Crépuscule". Or, sa mère se nomme "Twilight Velvet", que l'on peut traduire par "Velours/Duvet du Crépuscule". Quant à son père, il se nomme "Night Light", ou "Lumière Nocturne".
N'a-t-on pas ici un genre de thème récurrent ? À chaque fois, le nom fait référence à quelque chose qui se trouve dans le ciel et qui brille, mais généralement pas trop fort.
N'est-il pas possible, voire probable, que dans la langue originale inconnaissable que pourraient parler ces personnages, les mêmes mots, ou du moins des groupes de lemmes similaires, soient employés – mais que, combinés différemment, ils aboutissent en anglais à des mots différents, où la similitude se perd ?
Prenons un autres exemple : Sunburst. Le mot désigne nombre de choses, entre autres des groupes de musique, et un type de finition pour les guitares électriques, mais il est surtout utilisé pour un type de motif visuel évoquant le rayonnement solaire.

Quelques résultats de recherche d'images obtenus avec le
mot-clé "Sunburst". Oubliez la guitare, elle n'a rien à faire ici.

Toutefois, si l'on décompose son nom en ses parties les plus simples, on obtient "Sun" et "Burst", ou "Éclatement/Élan" et "Soleil". Voyons maintenant comment s'appelle sa mère : "Stellar Flare", ou... "Éclat/Explosion Stellaire". Son père, selon des sources douteuses il est vrai, s'appellerait "Sun Spot", ce qui désigne les taches sombres à la surface de notre étoile. La parenté des noms n'est-elle pas flagrante ? On croirait presque que les deux moitiés des noms des parents ont été combinées, avant qu'on ne les maquille sous des synonymes.
On peut faire le même constat avec la famille Apple, chez qui faute d'avoir un nom commençant par ce préfixe, on aura au moins le thème de la pomme, ou la famille Pie dont la plupart des noms s'incluent dans le champ lexical de la roche. Nous y reviendrons un peu plus dans l'article suivant...

Voici donc, en résumé, ma théorie : les poneys portent un nom individuel unique, qui s'écrit probablement d'une seule manière, mais peut se prononcer de plusieurs façons. Il est en outre formé à partir de thèmes et de motifs récurrents, qui se transmettent dans la famille afin de faire le lien. Et pour autant que l'on sache, ces thèmes récurrents peuvent très bien être, à la base, les mêmes mots, mais en fonction du nom, du contexte et des éléments associés, ils s'expriment (et sans doute se traduisent) différemment, ce qui permet de faire la différence entre deux individus ; leurs noms seront similaires dans leurs constituantes fondamentales, mais différents dans leur totalité.
De toute façon, on ne peut en être sûr si l'on ne connaît pas leur langue originelle.

J'ajouterai enfin que le nom d'un même poney est visiblement quelque chose qui peut être changé, délibérément, mais en conservant cet aspect thématique dans la plupart des cas. Fizzlepop Berrytwist (je ne traduirai pas) est devenue la redoutable Tempest Shadow, et la première partie de son nom évoque celui qu'elle sert : le Roi Storm. Luna est devenue Nightmare Moon, ce qui dans certaines langues pourrait s'écrire simplement en rajoutant un logogramme évoquant la peur devant celui désignant la lune. Le wiki m'informe que même l'humble Mme Cake, Cup de son prénom, a changé son nom de naissance ("Chiffon Swirl") en se mariant. Là encore, le nom est variable, et remplit avant tout une fonction utile : l'identification dans une société.


Je vous l'accorde, c'est pour l'instant un peu léger, et ça ne suffit pas à expliquer pourquoi on parle de "la Famille Sparkle" ou de "M. et Mme Shy", ni pourquoi Pinkie Pie a un véritable nom de famille qui semble échapper à ces règles. C'est pourquoi je vous donne rendez-vous très bientôt, pour la suite de cet essai !

À bientôt !

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